201009_01

Alice n’en revenait pas. C’était arrivé ! Enfin. Cela faisait huit ans, deux mois et quatre jours qu’elle espérait ce moment. Elle en avait rêvé, sans chercher à le provoquer ; elle était superstitieuse et pensait qu’elle devait attendre son tour, qu’il viendrait.
Elle était partie travailler au Val de Grâce, comme chaque matin, pimpante. Elle aimait soigner son corps et sa toilette ; cela l’aidait à se sentir prête. Cette attente ne la faisait pas souffrir ; il allait venir. L’histoire était écrite depuis si longtemps.
— Bonjour. Mademoiselle… ?
— Maurice, monsieur le président. Alice Maurice.
Elle tendit la main. Il la prit. Son sourire était pâle mais prégnant. Alice lâcha vite la main. C’était ses yeux qui la fascinaient. Il releva sa manche. Elle posa le garrot. Il respirait difficilement.
— Ça va, monsieur ?
Un sourire, plus pâle encore, fut sa réponse. Alice s’activa, sans précipitation. Elle sentait l’émotion monter à la vitesse du sang dans le tube. Elle retira l’aiguille. Coton. Il avança machinalement la main pour le tenir.
— Vous savez quelque chose de la mort, mademoiselle Maurice ?
— Je suis la sœur de Philippe. Je voulais… Vous vous souvenez ?
Bien sûr qu’il se souvenait. Comment aurait-il pu oublier ? Elle le regarda. Elle crut voir une larme dans ses yeux. Elle ne se trompait pas. Il pleurait.

Cy Jung©

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