201008_05

Lapin bleu était inquiet. Cela se voyait à sa touffe caudale qui frémissait plus fort que le petit vent d’automne ne le justifiait. Ses moustaches aussi trahissaient son appréhension. Il allait pourtant falloir qu’il y allât. Son terrier était de l’autre côté de la chaussée et, s’il n’y avait pas eu Mésange-amère, son amie de printemps, de ce côté-ci, il n’aurait pas pris le risque ce matin de devoir affronter à l’heure de pointe ces engins à deux et quatre roues qui avançaient plus vite qu’un renard ventre à terre.
Ah ! Mesange-amère. Que ne ferait-il pas, tout lapin qu’il était, pour tenter de la séduire ? Deux saisons déjà, qu’il s’y attelait, rivalisant de bouquets de jeunes herbes et de jeux d’oreilles ! C’était d’ailleurs ce qu’elle préférait, ses oreilles, sans doute parce qu’elles étaient particulièrement bien dessinées et d’une longueur supérieure à la moyenne. Lapin bleu en était au demeurant très fier et il prenait soin, quand il traversait la route, de bien les rabattre pour ne pas s’en faire arracher un morceau.
Le trafic ne diminuait pas en dépit de la nuit qui venait. Il devait y aller ; plus tard, les phares le figeraient et il n’était pas question qu’il finît sa soirée en civet, même pas avec des olives fussent-elles dénoyautées ! Lapin bleu prit une longue inspiration et, enivré des vapeurs d’échappement, détala en priant le Bon Dieu que la chance serait de son côté. Cela ne tenait pas à grand-chose, finalement, une vie de lapin, à Dieu, et à la chance.
Passera ? Passera pas ? Suspens !

Cy Jung©

Cette entrée a été publiée dans Photocriture. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>